Vivre aux côtés des animaux (et des humains) n’est pas facile. On a déjà beaucoup de mal à être bienveillant envers soi-même, à faire notre propre éducation. Alors, c’est certain, « éduquer » et trouver un équilibre avec d’autres êtres vivants, c’est pas du gâteau!
La bonne nouvelle? Ça s’apprend!
La mauvaise nouvelle? Il faut y mettre du sien, et accepter de se remettre en question.
1. Le fonctionnement de notre cerveau
Oui, je commence par un truc qui peut sembler technique, et que vous pourriez trouver peu important, mais ça a été pour moi une véritable révélation, sur plein de points différents. On va essayer de comprendre comment on définit ce qui est « vrai », ce qui est « faux », les infos qu’on décide de garder et celles qu’on discrédite.

Les biais cognitifs.
Qu’est-ce que c’est? Ce sont des raccourcis, pris par notre cerveau, pour prendre des décisions plus rapides.
Il ne s’agit pas d’apprentissages, de décisions. C’est indépendant de notre volonté. Ils sont présents chez tout le monde (mais avec des amplitudes différentes) et ne peuvent pas être supprimés.
Ils peuvent par contre être compris, et donc pris en compte lorsqu’on prend une décision (consciente donc). A force de les comprendre, ils peuvent également devenir moins forts avec le temps.
Il en existe énormément, je vous vous en lister une série (les plus communs) mais si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à vous informer de votre côté.
BIAIS D’ENCRAGE
Si vous arrêtez de lire cet article ici, et qu’ensuite George vous dit « Les biais cognitifs, on peut facilement les supprimer. », qu’allez-vous penser?
Il y a fort à parier que vous allez lui dire que non, vous venez justement de lire un truc là-dessus et qu’on ne peut pas les faire disparaitre.
C’est le biais d’ancrage : la première information nouvelle sur un sujet est toujours prise comme vraie. Il sera beaucoup plus difficile de vous faire accepter une information contradictoire ensuite, même si la première était fausse!
BIAIS DE CONFIRMATION
Suite à cette petite altercation avec George, vous allez fouiller le net pour savoir qui a raison. Vos recherches seront souvent orientées (« Biais cognitifs ne peuvent pas être supprimés? »). Vous allez voir trois articles qui vous disent oui, puis un qui vous dit non et vous aurez la même réaction que tout le monde « HA HA ! Je le savais!!! « . Les trois premiers articles seront invalidés automatiquement quand vous aurez trouvé une « preuve » qui va dans votre sens.
Encore une fois, c’est normal. C’est ainsi que le cerveau procède. C’est le biais de confirmation.
Et encore une fois, c’est bon de la savoir et d’aller faire une recherche inverse (chercher des « preuves » de ce que dit George).
BIAIS D’AUTORITÉ
Puisque George ne veut toujours pas vous croire, vous allez lui prouver que vous avez raison en allant chercher l’information chez un professeur, un spécialiste, et votre YouTuber favori.
George n’y croit toujours pas (je vous explique après pourquoi) mais Simone, qui a suivi le débat sans prendre parti, est maintenant d’accord avec vous. Si un professeur et un spécialiste le disent, c’est que c’est vrai (biais d’autorité).
Le problème? On peut croire aussi des gens qu’on admire sur TikTok, tout autant que ChatGPT. On croit « sur parole » sans vérification, parce qu’on est persuadé que « si c’est lui qui le dit c’est que c’est vrai ».
DISSONANCE COGNITIVE
Ou pourquoi George ne nous croit toujours pas.
Dans sa tête, il est persuadé d’avoir raison. Mais une petite voix continue de lui dire « et si cette nouvelle info était vraie? » . Et ça, c’est explosif!
La dissonance cognitive, c’est la tension qu’il va exister entre nos croyances, nos valeurs, nos comportements, et ce qui viendrait les contredire.
Plus la tension est élevée (donc plus l’info contradictoire arrive avec force et/ou plus c’est à l’opposé de nos croyances), et plus on va la repousser.
Entre « Je crois que c’est vert et on me dit que c’est pas tout à fait vert mais plutôt vert-de-gris » et « Je crois que c’est vert mais on me dit que c’est rouge (*) » il va y avoir une grosse différence de réaction (posée dans le premier cas, plus forte dans le second). Et si, en plus, on touche à quelque chose qui vous tient à cœur, c’est encore pire.
(*) Vous vous souvenez de l’histoire de la robe blanche/dorée ou bleue/noire qui avait enflammé le net? Bah voilà…
Plus on arrive frontalement pour dire (ou crier) à George qu’il a tord, plus il croira qu’il a raison!
EFFET DE SIMPLE EXPOSITION
Plus on est « exposé » à quelque chose (une personne, une info, une musique,…) et plus on aura des sentiments positifs envers elle. C’est l’effet de simple exposition.
Autrement dit, si on veut changer le monde pour qu’il soit plus respectueux des animaux, il faut en parler, encore, encore, encore et encore!
Malheureusement, ça veut aussi dire qu’une chose qu’on a lue et qui nous a horrifié la première fois, devient de plus en plus banale et « ok » au fur et à mesure qu’on la voit.
ILLUSION DE FRÉQUENCE
Quand on prend conscience de quelque chose (ou qu’on découvre quelque chose, ou qu’on s’intéresse à quelque chose), on va plus facilement la voir apparaitre, et ça peut nous donner l’impression qu’elle apparait de plus en plus souvent. On apprend juste à la voir, sa fréquence n’est pas influencée. Il s’agit de l’illusion de fréquence.
Par exemple, lorsqu’on achète une nouvelle voiture, on a l’impression que soudainement, tout le monde a acheté la même que nous, dans la même couleur! Ce n’est pas le cas, mais on s’en rend simplement compte!
SOPHISME GÉNÉTIQUE
Le sophisme génétique nous porte à invalider des propos tenus par des gens, en se basant uniquement sur leur provenance, leur histoire, … mais pas sur le fond. On invalide donc uniquement à cause de la provenance de l’information.
Par exemple, on pourrait invalider 100% des informations partagées par un éducateur canin qui ne travaille pas en positif, parce qu’on n’est pas d’accord avec ses idées. Mais il est probable qu’une partie de ces informations soient vraies.
ESCALADE D’ENGAGEMENT
L’escalade d’engagement, c’est le fait de se tenir à sa première idée, même lorsqu’on voit que ça ne mène pas dans la bonne direction.
Continuer à rouler alors qu’on se rend compte qu’on est perdus. Rester dans une file à une caisse qui n’avance pas. Continuer à jouer au Loto même si on ne gagne jamais rien. C’est se dire « la roue va bien finir par tourner », simplement pour ne pas remettre en question une décision qu’on a prise au départ.
Un biais à part : L’EFFET DUNNING-KRUGER
Je le mets ici à part pour une bonne raison : c’est ce qui fait qu’Internet rengorge d’informations qui sont fausses, et que le monde rengorge d’éducateurs/des dresseurs/… qui ne savent pas ce qu’ils font!
Résumé rapide (version complète sur Wikipedia) : Notre apprentissage d’une compétence se fait dans une courbe. On part d’une connaissance à zéro, puis on apprend et ça monte très vite (on a l’impression d’apprendre énormément, très rapidement). Lorsqu’on est dans le haut de cette courbe, on a l’impression d’avoir tout acquis. On pense tout savoir. On a tout lu (on est conforté dans notre croyance par le biais de confirmation). C’est à ce moment-là que PLEIN de gens se lancent (deviennent éducateur, lancent des formations, ou même démarrent leurs réseaux sociaux pour partager « leur savoir »).
Cette courbe peut s’arrêter là si on arrête l’apprentissage (et ça arrive souvent puisqu’on a l’impression de tout savoir). On reste dans ce pic (appelé le sommet du Mont Stupide) indéfiniment, sauf si quelque chose vient « clasher » nos connaissances (ou évidemment, sauf si on continue à se former).
Quand on continue, on a une grosse descente pour arriver dans « la Vallée de l’Humilité » (aussi appelée du désespoir) où on réalise que la quantité de choses à savoir est telle qu’on en arrivera jamais au bout. Et, si on persévère, petit à petit, la courbe s’aplatit. On comprend qu’on ne saura jamais tout. On sait « qu’on ne sait pas ». On apprend que notre savoir, notre expérience, ce qu’on peut transmettre, a une limite.

Être conscient de ce biais me semble hyper important :
-> Pour savoir à qui faire confiance (si la personne semble tout savoir, c’est rarement bon signe)
-> Pour savoir que même quand on croit tout savoir, c’est souvent qu’on ne sait rien.
Peu importe que vous soyez conscient de ce biais ou non, quand on apprend, on passe toujours par là! Mais au moins, on peut éviter des désastres en sachant que ce qui vous semble le meilleur moment pour vous lancer est le pire (et ce qui vous semble le pire est souvent le meilleur…).
2. La remise en question / notre égo
On ne change pas d’avis en un clin d’œil, même quand on est conscient des mécanismes de notre cerveau. Ça prend du temps. Voici quelques petites choses que je fais régulièrement lorsque j’apprends un sujet, ou si j’ai un échange un peu houleux avec quelqu’un.
- Si je réagis fortement, c’est certainement à cause de la dissonance cognitive. L’info est-elle aux antipodes de mes croyances? La personne qui m’a donné l’info l’a-t-elle fait agressivement? Une réaction forte est normale. Le tout est de pouvoir ensuite reprendre l’information à froid, plus tard, et l’analyser rationnellement.
- Se laisser un temps de réflexion est toujours une bonne idée avant de réagir à quelque chose qui a froissé notre égo (si quelqu’un critique notre travail, ou nos croyances par exemple). On peut ensuite décider si on donne de l’importance à cette personne en essayant de comprendre pourquoi elle a dit ça, ou si on passe à autre chose (n’oubliez pas, l’autre personne a peut-être aussi fortement réagit à cause d’une dissonance cognitive de son côté : ce que vous avez dit ou fait va peut-être à l’encontre de ce qu’elle a toujours cru…).
- Faire de « vraies » recherches de ce qui vous semble faux (par exemple, j’ai lu beaucoup sur l’éducation traditionnelle, sur l’utilisation du collier électrique, sur les punitions négatives… avant de me faire mon avis sur la question). Quand je dis « vraies » recherches, je veux dire : ne pas chercher une preuve que c’est faux, mais partir du principe que vous voulez apprendre « cette face-là de la pièce ». A mon sens, on ne peut pas avoir un avis correct si on ne connait qu’une seule partie et pas son contraire.
- Si une info qu’on vous donner vous fait réagir, demandez-vous pourquoi vous n’y croyez pas (et pourquoi vous croyez autre chose). Qui vous l’a dit? Où avez-vous vu cette info? Souvent? La personne qui vous donne l’info contrariante vous agace-t-elle? Vient-elle d’un « groupe » que vous n’aimez pas? Bref, il faut apprendre à dissocier l’info de sa provenance.
- Souvenez-vous qu’il existe autant de vérités qu’il y a de gens sur Terre. Chacun voit le monde à travers son prisme de croyances, son vécu, ses expériences, ses groupes sociaux… Ne partez pas en croisade de la vérité unique. Ne cherchez pas à convaincre, mais à informer. Et ne soyez pas fermé à être informé à votre tour. Écouter une information contradictoire ne vous rend pas moins bon. Au contraire.
Pour la petite histoire, j’avais survolé un article sur les biais cognitifs, sans en avoir complètement intégré le contenu. Le lendemain, je lis sur la page d’une éducatrice que j’admire beaucoup une info qui me fait vriller. Je me suis vraiment énervée. J’ai failli même me désabonner de son compte (que j’adore!). Une chance, elle faisait pour moi figure d’autorité (sinon j’aurais classé l’info et je n’aurais jamais évolué).
J’ai fermé internet et je suis allée me changer les idées. Dans la foulée, je me suis souvenue de l’article qui parlait de la dissonance cognitive. Plus on réagit fort, et plus ça nécessite une remise en question.
Je lui ai envoyé un message privé pour lui demander pourquoi elle avait dit ça et quelles étaient ses solutions à ce problème (puisque la solution qu’elle donnait – et que je faisais – elle la qualifiait de punition!). Je ne voyais PAS DU TOUT d’alternative, j’avais toujours appris ça de cette manière, ça me semblait doux. Et là, elle m’explique, et tout s’éclaire. BIEN SUR qu’il y avait d’autres manières de faire (dont je n’avais pas idée, Mont Stupide bonjour!!!), bien sur qu’avec du recul, « ma » technique était punitive.
Ça a été un choc. Mais un bon choc. Le truc qui m’a dit « dorénavant, tu vas faire attention à tout ça! ». Et c’est là que j’ai commencé à m’informer sur les biais cognitifs et à les intégrer dans mes réflexions.
3. « Fait vaut mieux que parfait »
C’est un slogan beaucoup utilisé par une Youtubeuse que j’aime beaucoup (qui n’a rien à voir avec les animaux). Souvent, on a tendance à attendre que tout soit parfait pour agir. C’est tout ou rien. Et au final… c’est souvent rien!
On n’arrive pas à se passer de la charcuterie, alors on ne devient pas vegan (mais un repas vegan une fois semaine, c’est mieux que aucun!).
On n’arrive pas à dire tout ce qu’on a à dire pour lancer sa formation, alors ça reste là à dormir (pendant que plein de gens seraient déjà ravis des informations que vous pouvez transmettre).
On n’arrive pas à faire un régime strict, alors on reporte à lundi prochain (mais un peu d’eau à la place d’un soda, sans être systématique, c’est déjà très bien).
On croit qu’on a besoin d’être parfait pour se lancer dans un sport canin (mais le chien sera content de partager ce moment avec vous, y compris les ratés).
Bref, vous l’aurez compris : on arrête de se prendre la tête et on agit! On fait un petit peu, à son rythme.
On ne sait pas trop si on arrivera à tout faire en positif pour le dressage de son cheval? On fait déjà ce qu’on peut, comme on peut. Le reste viendra petit à petit.
4. L’importance de l’instant T.
Il est très rare d’avoir dès le départ uniquement les bonnes informations, les bonnes personnes autours de nous, et de suivre une voie droite et lisse. On commence où on est, on avance, on apprend.
Bien sur, quand on regarde en arrière, on aurait envie de s’engueuler (mais COMMENT tu as pu faire ça à ton propre animal??? ). Mais n’oubliez pas une chose:
On fait TOUJOURS du mieux qu’on peut, avec les informations qu’on a, dans le présent.
On ne peut pas aller plus vite que la musique, comme dirait ma maman, et croire qu’on va intégrer instantanément des années d’apprentissage (à la fois des techniques d’éducation/de vie commune, mais également de connaissance de notre animal, qui se construit avec le temps).
Évidemment (en tous cas j’espère) qu’au bout de 5 ans, vous aurez une meilleure relation et une meilleure manière d’éduquer votre animal que lorsque vous l’avez adopté. Et évidemment qu’à 40 ans vous serez meilleur qu’à 15 ans!
Ne regardez pas vos fautes en arrière, elles font partie du chemin et elles vous ont mené là où vous êtes aujourd’hui. Ne vous comparez pas aux autres, chacun avance à son rythme.
Et gardez en tête de ne pas comparer les autres à votre parcours. Soyez bienveillant, ne jugez pas sans savoir. Accompagnez au lieu de fustiger. Éduquez au lieu de réprimander.


