J’avais prévu deux articles séparés, mais je me rends compte que ce sont deux sujets très liés entre eux. Alors, on est parti pour les deux ensemble!
1. Le choix
Pourquoi je commence par le choix, avant le consentement? Parce qu’au final, le consentement, c’est choisir de dire oui ou non.
Définition du choix : Pouvoir, liberté de choisir (actif) ; existence de plusieurs partis entre lesquels choisir (passif).
On a deux notions très importantes.
-> La liberté de choisir : on n’influence pas (sinon ça devient un ordre déguisé).
-> L’existence de plusieurs possibilités : on peut difficilement « choisir » de faire une action, si on n’a pas d’autres possibilités (y compris celle de ne rien faire).
Un choix peut donc être fait lorsqu’il est libre et possible. Oui, dit comme ça, ça parait stupide, mais dans la vie ce n’est pas si simple.
Pourquoi on vous parle de choix?
Nos animaux domestiques ont rarement choisi de venir vivre avec nous. Ils ne choisissent ni l’endroit où ils vivent, ni la manière dont leur vie se déroule. Ils ne choisissent pas (ou rarement) ce qu’ils mangent, ce qu’ils boivent, parfois même pas quand ils mangent ou boivent. Ils ne choisissent pas leur travail, ni les horaires, ne choisissent pas de rester des heures seuls, ni les autres animaux avec qui ils partagent parfois l’espace.
Bref, nos animaux ont très peu de choix dans la vie.
Offrir, dès que possible, plus de choix à son animal (on verra plus loin comment) peut
- réduire son stress en lui laissant plus de contrôle sur son environnement;
- réduire les éventuelles stéréotypies et augmenter le jeu volontaire;
- indiquer des besoins et envies/préférences, mais aussi mettre en lumière un changement dans celles-ci (et donc potentiellement montrer un mal-être ou une douleur par exemple);
- favoriser la confiance mutuelle en abandonnant une partie du contrôle que nous exerçons sur nos animaux.
Attention, trop de choix tue le choix!
En effet, les choix doivent être proposés sans pour autant délaisser totalement la vie de l’animal. Moins on s’implique et moins l’animal aura confiance en nous. Il peut rapidement se sentir délaissé, ou sans importance.
Laisser le choix : oui, mais abandonner son animal face à une multitudes de possibilités : non!
Une façon de rester impliqué peut être de suivre son exemple (il décide de jouet avec telle chose, alors on suit et on voit s’il veut qu’on joue avec lui). Personnellement, j’aime bien « commenter » le choix de mes chiennes (oh tu te couches là aujourd’hui? C’est super!).
Que peut-on mettre en place?
- Jouets : plusieurs types à proposer ou à laisser à disposition. On peut aussi faire des tournantes dans les jouets disponibles pour ne pas que l’animal ait toujours les mêmes. S’il aime jouer avec vous, le laisser choisir le jouet et ensuite le suivre pour le jeu.
- Couchages : offrir plusieurs possibilités (si possible variées) où l’animal est libre d’aller à sa guise.
- Alimentation : si son état de santé le permet, proposer plusieurs choix. Si c’est compliqué pour l’alimentation principale (j’ai une chienne sensible des intestins, elle ne peut pas trop changer souvent), on peut proposer des friandises différentes (au même moment, l’idée est que l’animal choisisse ce dont il a le plus envie à ce moment-là).
- Contact, câlins : proposez à l’animal avant de le toucher, et arrêtez régulièrement vos contacts pour voir si l’animal revient vers vous pour plus, ou s’éloigne.
- Propositions : même si l’animal choisit toujours la même chose, pensez à proposer des alternatives régulièrement (je suis personnellement du genre à manger un truc à gogo pendant des mois et du jour au lendemain ne plus en avoir envie…).
- Pour les animaux qui baladent en extérieur : dès que possible, laissez-le choisir le chemin. C’est un processus qu’ils ne comprennent pas toujours au début, surtout s’ils n’ont pas l’habitude, mais apprennent rapidement à maitriser.
- Et enfin, laissez-leur le choix de dire non. On en parle juste après.
2. Le consentement
Comme on l’a vu juste avant, il s’agit d’un choix libre de dire oui ou non.
Cela implique donc la possibilité systématique de dire non. C’est ce qui peut être le plus difficile à mettre en place et à accepter.
Alors, bien sur, il y a des situations où c’est impossible de les laisser refuser. On en parle un peu plus loin.
Mais dans la majorité des cas, on peut valablement écouter leurs envies, leurs besoins. Et oui, ça va faire grincer notre égo (et notre planning souvent), mais est-ce que nos animaux sont là pour nous satisfaire ou pour vivre leur vie à nos côtés?
Le respect du « non »
Pour que l’animal puisse valablement donner son consentement, il faut qu’il soit sur que son choix soit respecté (sinon, c’est juste une manière de lui apprendre à dire oui, peu importe ce qu’il ressent).
Comment peut-il en être sur?
Il faut respecter le « non » A CHAQUE FOIS.
La plus grosse partie de cette apprentissage (parce que, oui, c’est un apprentissage et pour l’animal et pour nous) va être de respecter ce « non ». Et pour l’animal de comprendre les implications de dire non.
Ce n’est clairement pas évident. On démarre un entrainement, et l’animal décide que là maintenant, il ne veut pas travailler. Après tous ces efforts pour sortir le matériel, se déplacer, trouver le temps… on a envie de « pousser » un peu. STOP! C’est bien là l’erreur principale. Si vous proposez, et qu’il dit non, alors respectez le non.
Apprendre le « oui »
Comme pour tout en éducation respectueuse, on peut s’éviter des ennuis en apprenant à l’animal à choisir AVANT (si possible) de sortir tout le matériel par exemple. On peut simplement avoir une formule toute faite (Tu veux travailler?) en montrant un accessoire de travail.
On peut aussi lui apprendre à autoriser quelque chose avec un comportement précis, comme ça se fait en medical training (chez moi, le museau posé dans ma main = je peux/le véto peut faire des manipulations, le museau se retire de ma main on arrête tout). Pour l’entrainement, on peut par exemple chez le chien avec un tapis uniquement dédié à ça où le chien se met s’il est ok de s’entrainer (et donc s’il ne va pas dessus c’est que c’est non).

Photo par Elisa Scalisi
« Mais alors, il ne voudra jamais rien faire! »
On a parlé des raccourcis que fait le cerveau, et cette phrase découle de biais cognitifs (le biais de négativité, on croit plus facilement ce qui est négatif que ce qui est positif) mais aussi du fait qu’on sous-estime très souvent la motivation des autres individus. On peut aussi facilement faire un lien (qui n’existe que dans notre tête) entre le fait qu’on n’aime pas travailler (dans certains jobs, dans certaines conditions, …) et que du coup notre animal n’aime pas ça non plus.
En réalité, les animaux ont besoin d’avoir un but, un travail, sinon comme nous, ils peuvent tomber en dépression.
Ce qui fera la différence (et nous force, encore une fois, à travailler sur nous-mêmes) c’est la qualité de l’environnement de travail, la façon d’amener les exercices, le fun, les récompenses, … Bref, est-ce que ce temps de « travail », d’entrainement, est chouette et agréable à vivre? Ou est-ce une corvée? Si c’est une corvée, il va franchement dire non à chaque fois. Mais dire non à TOUT travail, systématiquement, est rare.
Travail ou entrainement doivent rester un jeu, un moment de complicité, une évolution.
Donner le choix peut mettre en lumière une mauvaise gestion à notre niveau. Mais ça peut donc nous faire évoluer!
Il peut arriver par contre de ne pas trouver facilement les activités que l’animal aime bien. Comme on l’a dit, on n’adopte pas un animal pour qu’il nous serve, on s’adaptera à lui et à ce qu’il aime. Adopter sur une bonne lignée en fonction de ce qu’on aimerait faire avec lui peut aider, mais ça arrive que ça ne match pas! Tant pis.
Ne projetons pas nos attentes personnelles sur nos animaux, mais découvrons ensemble ce qui nous comblera tous les deux!
Quand le « non » n’est pas applicable
Il y a des situations où on n’a pas le choix. Une visite vétérinaire par exemple, surtout en cas de blessure, peut difficile être reportée ou annulée selon l’envie de l’animal. De même, on attendra pas forcément un consentement pour mettre un produit anti-puces sur un chien qui n’a pas travaillé ça précédemment en medical training.
Lorsqu’on n’a pas le choix, eh bien naturellement… on ne le donnera pas à l’animal! Évitez alors de proposer, évitez les mots et comportements que vous utilisez lorsque vous laissez le choix.
Par exemple, je travaille à l’étage de ma maison. Les chiennes sont libres de venir avec moi ou de rester en bas (je dois les porter dans les escaliers, elles sont donc dépendantes de moi). Je propose toujours (Qui vient en haut avec moi?) sauf quand on attend par exemple le chauffagiste (ou une de mes chiennes qui ne supporte pas les inconnus va monter trèèèès fort en pression) dans ce cas, elle est obligée de monter avec moi (Allez, tu viens on monte).
Si je lui dis « tu viens en haut avec moi? » et qu’elle ne veut pas, si je la force à monter elle va comprendre que son choix n’a aucune importance. Que lorsque je dis ça, ce que je veux c’est qu’elle dise oui (même quand elle n’a pas envie).
J’ai le même genre de raisonnement entre « On va promener? » (et vient qui veut) et « Allez, venez on y va! » (tout le monde vient, pas d’exception).
On ne donne pas l’illusion du choix, pour ne pas le respecter derrière.

A quoi appliquer le consentement?
Comme pour le choix, le consentement est applicable dans plein de situations. Il est possible que l’animal dise non plusieurs fois avant de se rendre compte des conséquences de son choix et de « changer d’avis » plus tard. Persévérez dans les demandes pour lui laisser le contrôle.
Quelques exemples:
- Contact / câlins : demander avant, et arrêter pendant pour voir s’il revient vers vous ou s’il s’éloigne
- Habillement : proposer (pull chaud pour les chiens frileux, couverture de pluie pour les chevaux, harnachement de sortie, … ) quand il peut potentiellement s’en passer sans conséquences graves
- Soins : apprendre un comportement de « oui » par défaut, pour savoir quand démarrer/arrêter les soins (brossage, nettoyage des yeux/dents/oreilles, entretient des pattes/pieds, coupe/tonde, …)
- Travail : apprendre une façon de dire oui ou non avant une session de travail. Apprendre les mots ou montrer un objet-type des différents types de travail possible pour pouvoir les proposer un à un si nécessaire (entrainement monté / à pied / balade / tricks / …)
- Déplacements / Sorties : demander à l’animal s’il veut aller balader ou non (pour ceux qui ont des chiens fous de sortie ça peut vous sembler bizarre, mais une de mes chiennes n’aime pas spécialement ça et dit non une fois sur deux environ, surtout le matin).
Conclusion
Respecter le « non » de notre animal peut être complexe pour nos égo, difficile à accepter dans nos vies à 100 à l’heure. Mais des habitudes mises en place, un travail en amont (par le medical traning par exemple pour certaines situations), la connaissance de nos animaux vont lisser progressivement les tensions internes engendrées.
N’oubliez pas qu’un petit peu (de choix, de consentement demandé, …) c’est mieux que pas du tout! Chacun a son rythme. Passer de 100% des activités « forcées » à 75% forcées et 25% proposées, c’est déjà très bien! Lisez notre article sur le sujet par ici.


